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LES JOURNÉES DU LIVRE NUMÉRIQUES 2010-2011

Introduction aux 3 journées du livre numérique

Le livre numérique n’est plus une hypothèse de travail mais une réalité. Son marché se développe rapidement et génère des commentaires parfois contradictoires. Pour mieux comprendre ce que seront demain la lecture et le commerce du livre.
Technofutur TIC, la Bibliothèque centrale de la Région de Bruxelles-Capitale et le Service général des Lettres et du Livre du Ministère de la Communauté française organisent conjointement trois « Journées du livre numérique » visant à couvrir la palette des questions dont débattent les métiers du livre.
La 1ère journée d’étude « Le livre soluble dans le net ? » a eu lieu le mercredi 29 septembre 2010, chez Technofutur TIC, Point Centre, Aéropôle de Gosselies
La 3ème journée d’étude aura lieu le 7 février 2011, au Ministère de la Communauté française, Rue Lavallée 1, 1080 Bruxelles – salle Arthur Haulot (Rez jardin) - Programme en cours d’élaboration.

Introduction à la 2ème journée du livre numérique dans les bibliothèques publiques

4 octobre 2010 à la bibliothèque des Riches Claires (Bruxelles)

1. Discours d’ouverture
par Madame FAOUZIA HARICHE, Echevine de l’Instruction publique et de Jeunesse – Ville de Bruxelles (9h)

« Mesdames et Messieurs,
Au nom du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Ville de Bruxelles, j’ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à cette journée consacrée aujourd’hui au livre numérique dans les bibliothèques publiques. Cette journée, organisée par la Bibliothèque Centrale pour la Région de Bruxelles-Capitale, appelée plus communément Bibliothèques des Riches Claires, s’inscrit dans un programme plus vaste initié par le Ministère de la Communauté française qui a débuté le 29 septembre et qui se poursuivra en février prochain.
Madame Martine Garsou, Directrice générale adjointe du Service général des Lettres et du Livre du Ministère de la Communauté française, fera d’ailleurs, dans quelques instants, un large écho à cette première journée de réflexion du 29 septembre qui portait sur les enjeux et les projets relatifs au livre numérique en Communauté française.
La journée d’aujourd’hui s’inscrit évidemment aussi dans la continuité des constats établis lors du colloque de janvier 2008 consacré aux ressources électroniques en bibliothèque publique.
Lors de cette journée, Madame Garsou y précisait que : « Le livre électronique va devenir dans un temps bien plus court qu’on ne le pense une réalité incontournable grâce notamment au développement de l’e-paper, de l’encre électronique…..Il est vraiment important pour le secteur de la lecture publique d’anticiper ce mouvement afin de ne pas être pris de court. .
Ainsi, il serait regrettable que les bibliothèques publiques, dont le milieu est attentif depuis longtemps déjà au développement technologique, soient confrontées à des problèmes comparables à ceux qui se rencontrent aujourd’hui dans le domaine musical. Il nous paraît vraiment indispensable de pouvoir prévoir l’avenir ».
C’est pourquoi, je suis bien consciente que, dans les 22 bibliothèques publiques organisées par la Ville de Bruxelles, les collections, constituées essentiellement en livres et en périodiques en papier, vont devoir s’élargir partiellement à leur version électronique (c’est déjà le cas pour l’accès à un certain nombre de périodiques). .
Il apparaît clairement que les bibliothèques seront de plus en plus confrontées à ce nouveau support qu’elles ne peuvent ignorer, et que leurs collections sont appelées à devenir hybrides. .
Sans mettre en péril les livres traditionnels, les bibliothèques vont s’ouvrir à de nouvelles collections, accessibles selon un mode différent et complémentaire, mais ne nous y trompons pas, c’est toujours bien de lecture qu’il s’agit.
Dans ce cadre, les missions des bibliothèques publiques vont également évoluer, même si les bibliothécaires restent fondamentalement des passeurs de savoir, selon le principe intangible qui consiste à offrir à tous les usagers une égalité d’accès à la connaissance.
Dans l’accès au livre numérique, le bibliothécaire conserve donc son rôle de guide dans la recherche documentaire par la voie électronique, il est appelé aussi à rester un passeur ou un médiateur numérique. Comme l’écrivait Patrick Bazin, Directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon, dans sa communication de janvier 2008, « le rôle de la bibliothèque sera de contribuer au développement d’un espace public de la connaissance ».
Dans l’exercice de son rôle de médiation culturelle, la bibliothèque fait en sorte que les connaissances circulent davantage et que les usagers de cette société de la connaissance communiquent entre eux, partagent une culture commune. A ce titre, le bibliothécaire aura à effectuer davantage de travail sur les contenus – faire de la médiation, c’est participer à la production de contenu – c’est-à-dire le décodage de la masse d’informations pour mieux accompagner l’usager dans son cheminement personnel et intellectuel.
L’enjeu démocratique, vous le constatez Mesdames et Messieurs, est d’importance et le rôle des bibliothèques essentiel dans l’accès à la culture pour chaque citoyen.
Je vous souhaite une excellente journée de réflexion et tiens à remercier tant la Communauté française pour son initiative que la Bibliothèque Centrale, plus particulièrement Mesdames Dehaye et Stanescu, pour l’organisation de cette rencontre professionnelle. »

2. Discours d’ouverture
par CHARLES HUYGENS, Directeur général de l’Instruction publique - Ville de Bruxelles

« Madame l’Echevine, Mesdames, Messieurs et chers Collègues,
Je vous livre dans le désordre quelques chiffres qui ne manqueront pas de vous interpeller :

Ces prévisions et constats en sens divers, déjà prophétisés il y a de nombreuses années, bien que souvent démentis par les faits, peuvent donner le tournis. Néanmoins, même si l’on sait que l’e-book a connu plusieurs décollages avortés, je me réjouis de constater que, par votre présence ici, en tant que professionnels, vous avez pleine conscience qu’il faut s’atteler sans plus attendre à prendre le train en marche.
Il est, en effet, préoccupant de constater cette distorsion sur les 2 rives de l’Atlantique : environ 10.000 titres disponibles en France contre 500.000 aux USA.
Même si la plupart des vrais amateurs de livre se déclarent fidèle au « papier », il faut se garder d’attitudes technophobes. Dans la situation actuelle de flou au niveau législatif et fiscal, les pouvoirs publics se doivent d’être proactifs afin ne pas connaître le triste déclin des médiathèques qui ont peut être manqué de vision ou de moyens pour s’adapter au téléchargement.
Derrière une stratégie multi media à prétexte culturel se dessine aussi une stratégie de vente d’équipements dont personne n’est dupe.
Cependant, les TIC peuvent être un fantastique outil de démocratie culturelle : Wikipedia est sans doute le rêve abouti de Diderot et d’Alambert, à la fois dans la perspective culturelle voulue par les Encyclopédistes mais aussi par son accès démocratique.
Le livre numérique peut être un outil pédagogique, il peut aussi rendre la lecture plus aisée pour des personnes souffrant d’un handicap ou ayant des difficultés de lecture (augmenter la taille des polices, surligner, adjoindre un potentiel audio etc.).
Mais on sait qu’il induit un style de lecture différent segmenté, discontinu et plus superficiel par rapport à l’attention profonde et continue que postule la lecture papier.
Egalité devant l’accès ne génère pas pour autant l’égalité face au discernement dans le tri des informations : cela nécessite donc une éducation à la lecture multi media !
« Entendre ou lire sans réfléchir est une occupation vaine ; réfléchir sans livre ni maître est dangereux » (Confucius)
Je suis ainsi très heureux de vous annoncer qu’à l’heure où je vous parle, un Inspecteur Pédagogique de la Ville est en train de donner des formations au (multi) média à des élèves de primaires.
Quel est encore le rôle des pouvoirs publics si on entend que La Bibliothèque Nationale de France annonçait voici un an son intention de confier la numérisation de ses ouvrages à Google, qui se positionnerait un peu plus encore comme un acteur incontournable voire monopolistique de bases de données représentant tout un patrimoine culturel ?
Cette situation amène à s’interroger sur l’encadrement qu’il conviendrait de donner aux acteurs privés, dans un secteur culturel à haute valeur ajoutée, mais en voie de « marchandisation ».
Ce n’est pas à l’ordre du jour de vos travaux, mais il est tout aussi important de s’attacher au développement du manuel scolaire numérique et de certaines de ses applications à haute valeur ajoutée pédagogique, telle le tableau blanc interactif.
Voici donc en vrac quelques données soumises à votre réflexion.
Je vous souhaite dès lors des travaux fructueux et vous assure de toute l’attention bienveillante de la Ville de Bruxelles aux recommandations que vous ne manquerez pas d’émettre et dont nous entendons faire une de nos priorités, afin de ne pas manquer un des plus importants défis de ce XXIe siècle commençant. »

3. Compte rendu de la 1ère journée du livre numérique
par MARTINE GARSOU, Directrice générale adjointe du Service général des Lettres et du Livre – Communauté française
[Texte non reçu]

LE LIVRE NUMÉRIQUE DANS LES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES

Compte rendu de la table ronde des bibliothèques centrales

JEAN-FRANÇOIS FÜEG, SERVICE DE LA LECTURE PUBLIQUE
Nous n’avons pas encore de politique en matière de livre numérique en bibliothèque. Ce qui m’a frappé, aujourd’hui comme dans la 1ère journée, c’est que les choses sont plus précises : on est en train d’avancer vers une résolution des problématiques. Une chose qui était encore au cœur des débats il y a trois ans, c’est la question du patrimoine : les bibliothèques voulaient entrer dans le livre numérique via la conservation du patrimoine. Effectivement on n’était pas du tout dans une logique de lecture publique. Et je pense que c’était parce que l’on ne voyait pas très bien comment les choses pouvaient se passer. On parle beaucoup moins du caractère patrimonial et la question Google ne se pose pas vraiment pour les bibliothèques publiques. Celles qui passent des accords avec Google – pas n’importe lesquels – comme la bibliothèque de Lyon, la New-York Library ne sont pas des bibliothèques de 1er niveau mais à caractère patrimonial. Au fond, la question qui se pose est : « quelle pourrait être la valeur ajoutée par la Communauté française ? ». Le grand avantage que nous avons dans notre réseau par rapport à d’autres, c’est que ayant un décret et un Ministère qui est un pouvoir de tutelle qui peut accompagner le secteur. Filip Trenson a dit : Imposez vos normes ! A un certain moment, nous sommes allés le voir, sachant qu’un certain nombre de bibliothèques utilisaient son produit, pour discuter avec lui que nous pourrions peut-être faire un certain nombre de choses ensemble. Par rapport aux relations des bibliothèques avec leurs fournisseurs, la Communauté française peut jouer un rôle. Je pense que nous aurons une réflexion en terme de consortium pour entrer en contact avec les agrégateurs, les fournisseurs de contenu. Nous l’avons déjà fait avec CAIRN qui avait envie de pénétrer les bibliothèques publiques et nous voulions qu’il se passe quelque chose sur le plan de l’offre de documents numériques accessibles dans les bibliothèques publiques. Nous avons conclu un accord et je crois que tous ensemble nous sommes plus forts. Cela peut être le rôle de la Communauté française que de faire en sorte que les gens se rencontrent. Nous avons négocier avec la société Référence un accès pour l’ensemble des bibliothèques – je vous l’annonce en primeur. Ce n’est pas une base de documents numériques mais une base de métadonnées. Nous avons pu négocier un contrat que l’ensemble des bibliothèques n’aurait pas pu obtenir.
Nous travaillons sur un ensemble d’outils coopératifs et parmi eux sur le portail des catalogues collectifs qui fonctionnera « au-dessus » d’eux et permettra de donner une vision très large de ces derniers. Il est aussi prévu pour moissonner le cas échéant des livres numériques. Nous croyons aussi en termes de coopération à tout ce que vous pourriez faire pour enrichir les catalogues et ce portail et c’est notamment une des questions dont on parlait assez bien à Charleroi, la semaine passée, celles des réseaux sociaux et de la manière dont on pourrait les intégrer dans les bibliothèques. Et je peux vous dire que nous avons des discussions et même plus avec des plateformes comme Babelio pour intégrer dans le portail des catalogues collectifs un certain nombre d’informations qui viennent des bibliothécaires, des lecteurs et de l’ensemble des utilisateurs de ces réseaux sociaux. Je sais bien que ce n’est pas satisfaisant mais nous sommes en pleine réflexion et on l’a dit aujourd’hui à plusieurs reprises : l’offre est encore assez faible. Un des problèmes qui nous a arrêté à plusieurs reprises, c’est que nous n’arrivions pas à trouver une offre qui en même temps satisfasse les demandes des bibliothécaires, une offre qui soit adaptée aux bibliothèques publiques et bien qu’on ait des discussions avec toute une série d’agrégateurs, de fournisseurs de contenu, finalement ce n’est qu’avec CAIRN que nous avons réussi à mettre en place une 1ère collaboration.

SILVANA MEI, BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE CENTRALE DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE (NIVELLES)
Espérer des réponses précises aux questionnements qui nous préoccupent aujourd’hui est un peu illusoire. Les directeurs des opérateurs d’appui sont, tout comme vous, dans une totale expectative et en plein questionnement. A mon sens, la problématique devrait être abordée au regard de 2 axes : en effet, les questions se posent différemment pour les opérateurs directs et les opérateurs d’appui. Il me semble que l’interrogation qui devrait porter les opérateurs d’appui, c’est d’analyser comment nous pouvons aider et soutenir le réseau dans ce contexte particulier et par quel biais développer les compétences de nos collègues pour pouvoir assumer ce tournant. Le livre numérique est une nouvelle offre en bibliothèque publique : que vont en faire les bibliothèques ? L’organisation de ces journées professionnelles est l’occasion pour les BC, en collaboration avec le Ministère, de porter une réflexion sur la manière d’aider les bibliothèques locales à aborder cette nouvelle perspective technologique et ses nombreux impacts.

MARIE-ANGÈLE DEHAYE – Bibliothèque Centrale pour la Région de Bruxelles-Capitale
Nous avons déjà des ressources électroniques, revues, magazines et presse mais nous en sommes encore au stade des tests. La bibliothèque des Riches Claires, qui est à la fois une bibliothèque locale pour le centre-ville et bibliothèque centrale pour la Région, développe depuis plusieurs années des abonnements électroniques. Nous sommes ainsi passés d’un peu plus de 230 revues papier proposées aux lecteurs sur place aux Riches Claires, 426 si nous prenons notre réseau du centre-ville, nous y avons ajouté plus de 1725 abonnements en ligne pour nos lecteurs sur place. Nous sommes en formule de test parce que j’estime qu’ils sont sous-exploités par le lectorat. Et c’est là un grand regret mais je pense que la consultation des journaux et revues en ligne n’est pas encore passée dans les mœurs du grand public à Bruxelles. Je considère cependant qu’il faut continuer l’expérience parce que l’offre doit précéder la demande et je trouve que c’est une richesse pour la Région de pouvoir offrir toute cette information. Maintenant je reconnais que dans les bouquets que nous avons été amenés à souscrire, tous ne correspondent pas aux intérêts du lecteur bruxellois. Mais l’information est là et elle peut être exploitée et c’est une richesse à maintenir et à valoriser d’avantage auprès du public bruxellois. J’ajouterai aussi que s’il n’est pas indispensable que toutes les bibliothèques de la Région offrent autant d’abonnements, il est important que le public trouve au moins dans l’une d’entre elles cette large offre d’abonnements et d’information. Ceci est la 1ère phase, la seconde phase est en cours de réflexion : nous envisageons que les lecteurs aient la possibilité de consulter à distance ces sources d’information comme aujourd’hui ils peuvent consulter leur compte, prolonger leurs prêts, réserver des ouvrages.

PASCALE VANDER PERRE - BIBLIOTHÈQUE CENTRALE - PROVINCE DU HAINAUT
En ce qui concerne le Hainaut, notre bibliothèque est à la fois centrale et locale pour la ville de La Louvière. En qualité de bibliothèque centrale, je n’ai été saisie d’aucune demande de mes collègues de la province. Mais je sais que cela ne saurait tarder et donc nous avons l’intention de tenter l’expérience au moins au niveau local sur La Louvière. Nous sommes en train d’étudier le marché et de passer commande pour des liseuses. Nous nous posons une série de questions, variées mais surtout très pratiques et concrètes sur l’organisation, sur le choix du matériel… Nous avons saisi l’opportunité : un étudiant se propose de faire son mémoire sur l’expérience en cours et donc cela nous conforte dans notre projet. Le travail qu’il va faire reflètera toutes nos questions et les choses auxquelles nous avons réfléchi et cette expérience pourra être redistribuée vers les collègues de la province. Ces questions sont très pratiques :
- comment fait-on pour acheter des livres numériques dans le cadre des marchés publics imposés aux communes et aux provinces ?
- comment acheter en ligne des périodiques que l’on ne peut payer qu’avec une carte de crédit alors que les administrations publiques imposent des bons de commande en bonne et due forme
- comment gérer le droit d’auteur lié aux livres numériques dans les liseuses ?
- quid de la catalographie ?
- pour les liseuses, se posent les questions de l’accès et du prêt, de la caution (avec l’obstacle financier ou/et psychologique que cela induit), de la destruction du matériel mais aussi du téléchargement autorisé seulement au départ de la bibliothèque ou également à domicile.
- il faut régler les questions de durée de prêt, de blocage des liseuses quand celle-ci a expiré
- et comment traiter le problème des « sacro-saintes » statistiques exigées par nos pouvoirs organisateurs.
Nous avons fixé à 10 le nombre de liseuses achetées pour mener l’expérience et envisageons de les alimenter dans un premier temps avec des œuvres tombées dans le domaine public. Je pense que les lecteurs, même dans ce cas, seront intéressés d’expérimenter l’outil et de manipuler le système. Nous comptons accompagner le prêt d’un questionnaire et nous prévoyons des séances d’animation, d’information et de présentation. Nous reviendrons vers vous pour vous faire connaître le résultat de cet essai.
En ce qui concerne la journée de colloque, je pensais qu’elle allait servir à avoir des réponses mais je repars avec plus de questions même si certaines ont trouvé des réponses.
Mais le sujet est vaste et implique beaucoup de changement pour notre métier.

JEAN-FRANÇOIS FÜEG, SERVICE DE LA LECTURE PUBLIQUE
C’est vrai nous retournons avec des questions mais elles sont de plus en plus précises. Au départ, elles partaient dans tous les sens mais au fur et à mesure que l’on se rencontre – et on le fait depuis un certain temps – on commence à entrevoir la manière dont les choses vont se passer notamment grâce aux interventions de M. Patti et Trenson

FRANÇOISE DURY - BIBLIOTHÈQUE CENTRALE - PROVINCE DE NAMUR
La situation à Namur est un peu différente de celle de mes collègues : la bibliothèque est centrale, itinérante et principale mais nullement locale. Nous n’avons pas de contact direct avec le public (en dehors du cas particulier du bibliobus et du BDbus) et nous ne sommes donc pas amenés à entreprendre les mêmes actions. Cela ne change rien à notre volonté de réfléchir à cette nouvelle offre.
J’ai le sentiment que nous revenons à l’époque des débuts de l’internet où les bibliothécaires se posaient la question de son introduction dans les bibliothèques, de ce que les usagers allaient en faire… La situation actuelle est un peu similaire et les deux situations ont en commun de susciter une réaction identique : « Ne loupons pas le coche ! » Si les bibliothèques n’entrent pas dans cette ère numérique, elles seront poussées par leurs lecteurs, des lecteurs qui risquent fort de devenir des lecteurs tout courts et plus des lecteurs de la bibliothèque.
Je suis convaincue qu’une réflexion est nécessaire et que les questions s’additionnent : elles sont d’ordre juridique, pratique et elles sont aussi liée à notre cœur de métier. Par exemple, comment créer cet éventail qui pourrait répondre aux besoins de notre lectorat, en sachant qu’il y a de nombreuses plateformes qui ne donnent accès qu’à quelques milliers de titres chacune ? Comment allons-nous glaner les titres qui intéressent nos lecteurs réels et potentiels ? Comment ce que nous aurons glané sera-t-il moissonné par le portail de la Communauté française ? Notre rôle d’opérateur d’appui, c’est précisément un rôle de réflexion en commun et un rôle pédagogique pour les bibliothèques locales de nos réseaux qui vont tôt au tard se poser des questions. Il s’agit de réfléchir, en commun en réseaux provinciaux ou régional et en commun au niveau de la Commission des centrales avec le Service de la Lecture publique, sur ce que nous pouvons faire concrètement.
Notre réflexion aura une portée sur deux plans : celui des ressources numériques que toutes les bibliothèques publiques offrent à leurs lecteurs et celui de ce qu’elles offrent aux lecteurs à domicile. Notre rapport au lectorat est donc en voie de changer : à terme, notre lectorat à distance pourrait être aussi important, sinon plus, que le lectorat qui se rend physiquement à la bibliothèque ; dans les deux cas cependant, il s’agira toujours de notre lectorat et il en est de même pour tous les publics à conquérir.
Les choses se sont donc à la fois compliquées et affinées après la journée d’aujourd’hui : elles avancent à petit pas…


PHILIPPE COENEGRACHTS - BIBLIOTHÈQUE CENTRALE - PROVINCE DE LIÈGE
Nous avons tous compris, surtout ceux qui ont assisté aux 2 journées, que le livre numérique est devenu aussi incontournable qu’Internet. Je veux rappeler toutes nos inquiétudes lorsque Internet est arrivé dans les bibliothèques et les heures de débat concernant l’accès aux mails. Plus personne aujourd’hui ne penserait à refuser cet accès. Je crois que nous sommes à la même croisée des chemins.
La question de la 1ère journée était : « est-ce que le livre va mourir ? ». Et la réponse a été non. Et je me demande si la question d’aujourd’hui n’était pas : « est-ce que la bibliothèque va mourir ? ». Je crois que l’on peut dire non. Pourquoi ? Il ne faut pas se tromper d’enjeu. L’enjeu n’est pas en bibliothèque publique de prêter des livres : ce n’est qu’un moyen. L'enjeu est de développer la lecture et quels que soient les moyens que nous trouverons et que nous mettrons en œuvre pour développer la lecture, cela restera notre objectif. Et peut-être qu’un jour, nous aurons plus de lecteurs en dehors de la bibliothèque que sur place. Mais ce n’est pas cela l’enjeu. L’enjeu : c’est le développement de la lecture, c’est notre objectif d’éducation permanente, d’amélioration des connaissances, du développement de la fonction critique du citoyen… Les enjeux sont là et c’est là-dessus que l’on doit se battre et qu’on doit travailler. Nous nous trouvons aujourd’hui devant des choix à faire : le livre numérique en est un, mais ce ne sera pas le seul à faire dans les 5 ou 10 ans à venir. Nous aurons peut-être d’autres révolutions coperniciennes.
Au niveau de la Centrale de Liège, nous sommes également locale, principale et centrale. Nous n’avons encore rien mis en oeuvre mais je le jouerais différemment sur le problème du livre numérique. Nous avions fait une expérience en matière de livres audio à l’époque où peu de bibliothèques osaient se lancer : c’était cher, est-ce que le livre audio allait remplacer le livre papier etc. La bibliothèque centrale a donc proposé des lots de livres audio : si cela ne marche pas, ils reviennent à la Centrale, sinon ils tournent. Et cela a marché : les bibliothèques en redemandent. Nous pourrions partir sur un principe similaire à cette différence près : avec le livre audio nous ne prêtions pas le lecteur cd. Avec le livre numérique, il faut prêter la liseuse. Je procéderais d’une autre manière – nous en discuterons avec nos bibliothèques locales et principales – pour commencer par familiariser les bibliothécaires avec l’outil. Et je pense que si nous allons acheter quelques liseuses, ce n’est pas aux lecteurs que nous allons les prêter dans un premier temps, mais bien aux bibliothécaires. Et ensuite, nous ferons des lots comme nous l’avons déjà fait dans d’autres cas pour que les bibliothèques qui sont le plus à l’aise puissent expérimenter l’outil afin de voir en direct, sur le terrain, les réactions des usagers et en tirer des conclusions.
Au niveau des Centrales, je retiens deux choses – c’est ce que Filip Trenson a dit -, nous passons de l’économie de l’offre à l’économie de la demande. Proposer quelque chose ne sert pas nécessairement à attirer le lecteur en bibliothèque ou à le faire se brancher sur le portail de la bibliothèque mais il faut vraiment aller chercher ce dont il a besoin. Et on en arrive à une hyper-segmentation du marché et c’est pareil avec le lecteur : il faudra aller chercher des niches très précises avec des produits très précis. Et il faudra peut-être segmenter aussi notre vision du livre numérique comme nous l’avons vu aujourd’hui avec le roman littéraire et le livre scientifique. La deuxième chose que j’ai retenue, c’est la nécessité de se regrouper. Je pense que nous avons une chance à l’heure actuelle : nous sommes tous au même point, au même stade de la réflexion. Il faut absolument que nous nous mettions d’accord sur des normes – comme le disait Filip Trenson - sinon nous allons encore tous repartir avec des choses différentes et après nous allons nous casser la tête pour savoir comment les mettre ensemble. Il est indispensable de réfléchir à cette question. Et plus, nous avons bien compris qu’il s’agissait, dans l’exemple proposé par Filip Trenson, de bibliothèques universitaires. Et nous savons bien que les moyens des bibliothèques publiques sont infiniment moindres comparés à celles des bibliothèques universitaires pour l’achat de revues, c’est la plus grande partie de leurs collections, mais nous ne sommes pas du tout dans les mêmes volumes. Nous sommes déjà faibles comme marché potentiel, dès lors je pense vraiment que nous avons intérêt à travailler à un niveau communautaire, et même pas provincial, pour pouvoir négocier ensemble et discuter d’abord des contenus que nous voulons mettre dans notre bibliothèque numérique : ce serait une première étape. Et ensuite, nous pourrions discuter d’un groupement d’achat, d’un consortium sur le modèle du Carrel ou d’autres modèles existants. Et finalement, un jour, nous devrons évoquer la conservation des données : c’est vrai que j’ai peur que nous ne puissions pas tout conserver ou que tout ne reste pas lisible de la même manière. Il faut dès à présent penser à la conservation du patrimoine.

JEAN-FRANÇOIS FÜEG, SERVICE DE LA LECTURE PUBLIQUE
En conclusion, nous pouvons dire que nous sommes à la croisée des chemins : nous sommes en train d’inventer une manière d’entrer dans cette ère numérique. Et ce sont les bibliothécaires – cela a été dit à plusieurs reprises – qui doivent l’inventer. Notre force est d’être un réseau de 600 bibliothèques publiques et de 140 réseaux qui peuvent travailler ensemble et construire des politiques ensemble. C’est vraiment la valeur ajoutée que nous pouvons apporter ! Et c’est important que nous puissions nous rencontrer dans des journées comme celles-ci et dans celle que nous préparons pour le mois de février.

Bibliothèque Centrale pour la Région de Bruxelles-Capitale - Mise à jour : octobre 2010